L’accord récent entre le Premier ministre canadien Mark Carney et le président chinois Xi Jinping marque un tournant dans la stratégie du Canada pour contrer la pression tarifaire américaine. Lors du sommet à Pékin, les deux dirigeants ont annoncé une trêve commerciale qui flexibilise considérablement l’accès des véhicules électriques chinois au marché canadien, permettant l’entrée d’environ 49 000 unités avec un tarif réduit à 6 %, contre la taxe de 100 % en vigueur avant 2024.
L’accord Carney-Xi représente plus qu’une simple négociation bilatérale : il se positionne comme une réponse stratégique à la politique protectionniste de l’administration Trump, qui a imposé des droits de douane sur les véhicules fabriqués à l’étranger il y a un peu plus d’un an. En échange, la Chine devrait réduire ses droits sur les produits agricoles canadiens et accorder un accès sans visa aux voyageurs canadiens, créant ainsi un cercle vertueux de coopération économique.
L’industrie automobile canadienne sous pression
Le Canada fait face à une impasse dans son secteur automobile. Le marché canadien, avec 1,9 million de véhicules vendus l’année dernière dans un territoire dont la population est similaire à celle de la Californie, a connu une transformation accélérée ces dernières années. Le pays s’affirme comme le plus grand importateur de voitures fabriquées aux États-Unis en Amérique du Nord, mais cette position devient de plus en plus vulnérable.
La pression tarifaire de Washington a des conséquences immédiates. General Motors a fermé une usine en Ontario et a indiqué réduire ses activités dans d’autres installations, tandis que Stellantis a complètement annulé ses plans de fabrication de véhicules Jeep dans la région, réorientant cette production vers l’Illinois. Des fournisseurs mondiaux comme Tesla, Nissan et Kia n’établissent même pas d’opérations d’assemblage au Canada, approvisionnant leurs marchés exclusivement depuis des sites américains et tiers.
La perte de parts de marché est visible dans les chiffres : depuis que Trump a intensifié la guerre commerciale, la part de marché des usines nord-américaines au Canada a fortement diminué, tandis que des usines au Mexique et en Corée du Sud gagnent du terrain. Seuls cinq consortiums maintiennent des lignes d’assemblage actives : General Motors, Stellantis, Ford, Toyota et Honda, dont la majorité de la production est exportée vers les États-Unis.
Accord Carney-Xi : opportunités avec des garanties strictes
La rencontre entre Xi Jinping et Carney a brisé des années de tension bilatérale, permettant au premier un accès substantiel des fabricants chinois au sol canadien, mais sous des conditions strictes protégeant les intérêts locaux. Lors du sommet, la ministre de l’Industrie Melanie Joly a rencontré les conglomérats chinois BYD et Chery, ainsi que le fournisseur de pièces automobiles Magna International, explorant des voies concrètes d’investissement.
L’accord inclut des exigences de sécurité technologique non négociables. Tout véhicule électrique fabriqué nationalement doit disposer d’une plateforme technologique sûre, excluant tout risque de sécurité, un critère qui profite au secteur canadien du logiciel automobile dirigé par BlackBerry Ltd., entreprise nationale clé dans ce domaine. Les entreprises chinoises devront également envisager des partenariats stratégiques avec des partenaires canadiens, et non simplement s’installer comme acteurs indépendants.
Le gouvernement canadien a aussi intégré dans l’accord un mécanisme de révision : dans trois ans, il sera évalué si les fabricants chinois respectent leurs engagements d’investissement significatif. La modalité d’accès est structurée de manière progressive : une part croissante de la quota doit être remplie avec des véhicules dont le prix ne dépasse pas 35 000 CAD (environ 25 155 USD), une stipulation qui favorise les producteurs chinois à moindre coût et démocratise l’accès des consommateurs canadiens à des options de mobilité électrique plus abordables.
La stratégie plus large du Canada
L’accord commercial n’est qu’un élément d’une stratégie plus ambitieuse du gouvernement Carney pour revitaliser l’industrie automobile nationale. Un plan global, intégrant des incitations pour que les fabricants étendent leurs opérations existantes, des mandats de vente progressive de véhicules électriques, et des incitations fiscales pour les consommateurs, devrait être présenté dans le mois. Toutes ces mesures visent un objectif central : freiner la fuite des investissements et des emplois liée à la confrontation commerciale.
Le déplacement de Carney à Pékin, où il a scellé l’accord avec Xi Jinping, comprenait également des négociations sur la coopération énergétique, élargissant le champ au-delà du secteur automobile. La stratégie reflète la conviction du gouvernement que le Canada ne peut se limiter à un accès préférentiel au marché américain, mais doit diversifier ses horizons commerciaux en exploitant ses accords de libre-échange avec l’Europe et l’Asie.
Malgré l’optimisme, une incertitude géopolitique importante subsiste : comment l’administration Trump réagira-t-elle à cette démarche entre le Canada et la Chine ? Bien que le représentant commercial américain Jamieson Greer ait été informé en amont, Trump a surpris en répondant de manière exceptionnellement bienveillante, déclarant que l’accord « est ce que le Canada devrait faire » et suggérant que tout entendement avec la Chine contribue à l’intérêt américain.
Vers une industrie reconfigurée
Le sommet Carney-Xi jette les bases d’une reconfiguration profonde du paysage automobile nord-américain. Le Canada, passant d’une position vulnérable face aux pressions tarifaires à une stratégie de diversification intégrant des concurrents chinois sous des cadres réglementaires protégeant la technologie et l’emploi nationaux.
Si l’on ne peut encore prévoir l’ampleur totale de l’investissement chinois, l’accord envoie des signaux clairs : le Canada est prêt à céder des parts de marché à des fabricants orientaux si cela crée des emplois locaux, stimule l’innovation dans les véhicules électriques, et réduit la dépendance à une seule puissance. La vision à long terme des responsables canadiens est encore plus ambitieuse : que le Canada, l’Europe et l’Asie relient leurs marchés sous un régime de faibles droits de douane pour contrer le protectionnisme américain.
La rencontre entre Xi Jinping et Carney, au-delà de ses détails immédiats, marque un moment de réorganisation du commerce automobile continental, où la pression de l’administration Trump accélère des alliances qui semblaient auparavant impensables.
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Xi Jinping et Carney tracent une nouvelle voie pour l'industrie automobile canadienne
L’accord récent entre le Premier ministre canadien Mark Carney et le président chinois Xi Jinping marque un tournant dans la stratégie du Canada pour contrer la pression tarifaire américaine. Lors du sommet à Pékin, les deux dirigeants ont annoncé une trêve commerciale qui flexibilise considérablement l’accès des véhicules électriques chinois au marché canadien, permettant l’entrée d’environ 49 000 unités avec un tarif réduit à 6 %, contre la taxe de 100 % en vigueur avant 2024.
L’accord Carney-Xi représente plus qu’une simple négociation bilatérale : il se positionne comme une réponse stratégique à la politique protectionniste de l’administration Trump, qui a imposé des droits de douane sur les véhicules fabriqués à l’étranger il y a un peu plus d’un an. En échange, la Chine devrait réduire ses droits sur les produits agricoles canadiens et accorder un accès sans visa aux voyageurs canadiens, créant ainsi un cercle vertueux de coopération économique.
L’industrie automobile canadienne sous pression
Le Canada fait face à une impasse dans son secteur automobile. Le marché canadien, avec 1,9 million de véhicules vendus l’année dernière dans un territoire dont la population est similaire à celle de la Californie, a connu une transformation accélérée ces dernières années. Le pays s’affirme comme le plus grand importateur de voitures fabriquées aux États-Unis en Amérique du Nord, mais cette position devient de plus en plus vulnérable.
La pression tarifaire de Washington a des conséquences immédiates. General Motors a fermé une usine en Ontario et a indiqué réduire ses activités dans d’autres installations, tandis que Stellantis a complètement annulé ses plans de fabrication de véhicules Jeep dans la région, réorientant cette production vers l’Illinois. Des fournisseurs mondiaux comme Tesla, Nissan et Kia n’établissent même pas d’opérations d’assemblage au Canada, approvisionnant leurs marchés exclusivement depuis des sites américains et tiers.
La perte de parts de marché est visible dans les chiffres : depuis que Trump a intensifié la guerre commerciale, la part de marché des usines nord-américaines au Canada a fortement diminué, tandis que des usines au Mexique et en Corée du Sud gagnent du terrain. Seuls cinq consortiums maintiennent des lignes d’assemblage actives : General Motors, Stellantis, Ford, Toyota et Honda, dont la majorité de la production est exportée vers les États-Unis.
Accord Carney-Xi : opportunités avec des garanties strictes
La rencontre entre Xi Jinping et Carney a brisé des années de tension bilatérale, permettant au premier un accès substantiel des fabricants chinois au sol canadien, mais sous des conditions strictes protégeant les intérêts locaux. Lors du sommet, la ministre de l’Industrie Melanie Joly a rencontré les conglomérats chinois BYD et Chery, ainsi que le fournisseur de pièces automobiles Magna International, explorant des voies concrètes d’investissement.
L’accord inclut des exigences de sécurité technologique non négociables. Tout véhicule électrique fabriqué nationalement doit disposer d’une plateforme technologique sûre, excluant tout risque de sécurité, un critère qui profite au secteur canadien du logiciel automobile dirigé par BlackBerry Ltd., entreprise nationale clé dans ce domaine. Les entreprises chinoises devront également envisager des partenariats stratégiques avec des partenaires canadiens, et non simplement s’installer comme acteurs indépendants.
Le gouvernement canadien a aussi intégré dans l’accord un mécanisme de révision : dans trois ans, il sera évalué si les fabricants chinois respectent leurs engagements d’investissement significatif. La modalité d’accès est structurée de manière progressive : une part croissante de la quota doit être remplie avec des véhicules dont le prix ne dépasse pas 35 000 CAD (environ 25 155 USD), une stipulation qui favorise les producteurs chinois à moindre coût et démocratise l’accès des consommateurs canadiens à des options de mobilité électrique plus abordables.
La stratégie plus large du Canada
L’accord commercial n’est qu’un élément d’une stratégie plus ambitieuse du gouvernement Carney pour revitaliser l’industrie automobile nationale. Un plan global, intégrant des incitations pour que les fabricants étendent leurs opérations existantes, des mandats de vente progressive de véhicules électriques, et des incitations fiscales pour les consommateurs, devrait être présenté dans le mois. Toutes ces mesures visent un objectif central : freiner la fuite des investissements et des emplois liée à la confrontation commerciale.
Le déplacement de Carney à Pékin, où il a scellé l’accord avec Xi Jinping, comprenait également des négociations sur la coopération énergétique, élargissant le champ au-delà du secteur automobile. La stratégie reflète la conviction du gouvernement que le Canada ne peut se limiter à un accès préférentiel au marché américain, mais doit diversifier ses horizons commerciaux en exploitant ses accords de libre-échange avec l’Europe et l’Asie.
Malgré l’optimisme, une incertitude géopolitique importante subsiste : comment l’administration Trump réagira-t-elle à cette démarche entre le Canada et la Chine ? Bien que le représentant commercial américain Jamieson Greer ait été informé en amont, Trump a surpris en répondant de manière exceptionnellement bienveillante, déclarant que l’accord « est ce que le Canada devrait faire » et suggérant que tout entendement avec la Chine contribue à l’intérêt américain.
Vers une industrie reconfigurée
Le sommet Carney-Xi jette les bases d’une reconfiguration profonde du paysage automobile nord-américain. Le Canada, passant d’une position vulnérable face aux pressions tarifaires à une stratégie de diversification intégrant des concurrents chinois sous des cadres réglementaires protégeant la technologie et l’emploi nationaux.
Si l’on ne peut encore prévoir l’ampleur totale de l’investissement chinois, l’accord envoie des signaux clairs : le Canada est prêt à céder des parts de marché à des fabricants orientaux si cela crée des emplois locaux, stimule l’innovation dans les véhicules électriques, et réduit la dépendance à une seule puissance. La vision à long terme des responsables canadiens est encore plus ambitieuse : que le Canada, l’Europe et l’Asie relient leurs marchés sous un régime de faibles droits de douane pour contrer le protectionnisme américain.
La rencontre entre Xi Jinping et Carney, au-delà de ses détails immédiats, marque un moment de réorganisation du commerce automobile continental, où la pression de l’administration Trump accélère des alliances qui semblaient auparavant impensables.