Le 4 septembre, le géant du paiement Stripe a annoncé une collaboration avec le principal fonds de capital-risque dans le domaine de la cryptographie, Paradigm, pour lancer une nouvelle blockchain publique, Tempo. Tempo est positionnée comme une Layer1 centrée sur le paiement, compatible EVM, avec pour objectif d’atteindre un débit supérieur à 100 000 transactions par seconde et une confirmation en moins d’une seconde, visant des scénarios d’application réels tels que les paiements transfrontaliers.
Le lancement de Tempo a rapidement attiré l’attention du marché. Les supporters pensent que l’entrée de Stripe pourrait favoriser une adoption massive des paiements sur la blockchain, ouvrant une nouvelle étape pour l’utilisation des stablecoins dans l’infrastructure financière mondiale ; les détracteurs, eux, considèrent que Tempo est essentiellement une chaîne d’alliance créée par un géant du paiement pour des intérêts commerciaux. Tempo représente-t-elle une nouvelle opportunité ou une répétition des anciens problèmes ? Dans cet article, CoinW Research Institute explorera ces questions.
1. Positionnement et vision de Tempo
1.1 Tempo, une Layer1 axée sur le paiement
Tempo estime que, malgré les avancées dans les contrats intelligents et l’écosystème applicatif, les blockchains existantes rencontrent encore trois grands obstacles dans le domaine du paiement : une volatilité élevée des frais de transaction, des délais de règlement imprévisibles, et un manque de modules modulables. Ces problèmes limitent leur adoption à grande échelle, notamment pour la compensation transfrontalière. La stratégie de Tempo consiste à concentrer ses ressources sur le secteur vertical du paiement, en mettant l’accent sur la stabilité et l’efficacité, en tant que Layer1 dédié au paiement. En s’appuyant sur le réseau de commerçants et l’interface de paiement de Stripe, Tempo cherche à combler le déficit infrastructurel actuel des blockchains publiques dans ce domaine.
Ce positionnement constitue aussi une remise en question du statu quo du secteur des paiements. Dans le système traditionnel, des réseaux comme Visa contrôlent depuis longtemps les chemins de transaction et la structure des frais, laissant les commerçants et utilisateurs souvent passifs face aux règles établies. Tempo tente de transposer ce modèle sur la blockchain, mais de manière protocolisée. Avec des concepts comme « stablecoin = Gas » et des routages de paiement intégrés, elle vise à rendre les paiements on-chain plus proches des scénarios réels, tout en assurant la prévisibilité et la certitude des transactions. L’objectif de Tempo n’est pas de réinventer une écosystème de blockchain généraliste, mais de devenir une couche intermédiaire entre le système de paiement réel et le monde de la blockchain, en se concentrant sur la stabilité et l’efficacité. Si cette vision se réalise, Stripe pourrait évoluer d’un simple fournisseur de passerelle de paiement vers un acteur stratégique dans la définition des règles de règlement, occupant une position clé dans l’infrastructure financière on-chain.
Source : tempo.xyz
1.2 Caractéristiques techniques clés de Tempo
Tempo met l’accent sur la priorité au paiement dans sa conception, avec des caractéristiques techniques centrées sur la stabilité, la conformité et la performance. Elle permet aux utilisateurs de payer les frais en utilisant n’importe quel stablecoin ; un canal de paiement dédié garantit que les transactions ne sont pas perturbées par d’autres activités on-chain, assurant ainsi faibles coûts et haute fiabilité ; de plus, Tempo supporte nativement l’échange à faible coût entre différents stablecoins, y compris ceux émis par des entreprises, renforçant ainsi la compatibilité du réseau. En outre, la fonction de transfert en masse, via l’abstraction de comptes, permet de traiter plusieurs transactions en une seule opération, améliorant considérablement l’efficacité ; un mécanisme de listes blanches/noires répond aux exigences réglementaires en matière de gestion des droits des utilisateurs, offrant une conformité nécessaire à la participation des institutions. Enfin, le champ de commentaire de transaction, compatible avec la norme ISO 20022 (norme internationale pour la communication financière transfrontalière), facilite la réconciliation entre on-chain et off-chain.
Ces caractéristiques indiquent que Tempo cible principalement les scénarios liés au paiement et au règlement de fonds. Sur le plan mondial, Tempo peut supporter directement des activités à haute fréquence comme la réception transfrontalière ; ses comptes financiers intégrés permettent aux entreprises et développeurs une gestion efficace des fonds sur la blockchain ; ses transferts rapides et peu coûteux pourraient réduire les coûts d’intermédiation pour les transferts internationaux, favorisant l’inclusion financière. De plus, Tempo pourrait supporter le règlement en temps réel de dépôts tokenisés, offrant des services financiers 24/7 ; dans les micro-paiements et les paiements automatisés via des agents intelligents, ses faibles coûts et son automatisation facilitent le développement de nouvelles applications.
On peut aussi noter que Tempo se distingue des autres chaînes de stablecoins comme Plasma par son « ouverture ». Tempo autorise toute personne à émettre des stablecoins et supporte leur utilisation directe comme frais de paiement ; Plasma, lui, propose des transferts USDT sans frais, un mécanisme de jetons Gas personnalisables, et des fonctionnalités de confidentialité, en visant principalement la performance et l’expérience utilisateur ; Circle Arc, quant à lui, définit USDC comme le Gas natif de la chaîne, et intègre d’autres stablecoins comme USYC dans un écosystème central, avec une forte intégration dans le réseau de paiement et le portefeuille de Circle. Globalement, Plasma privilégie la performance de paiement, Arc se concentre sur la conformité verticale, tandis que Tempo construit une couche stablecoin plus diversifiée.
1.3 Tempo, encore en phase de testnet
Il est important de noter que Tempo est encore en phase de testnet. Selon les informations publiques, cette étape se concentre principalement sur un environnement de validation restreint, pour tester des scénarios fondamentaux comme les paiements transfrontaliers. Les données de performance annoncées, telles que 100 000 transactions par seconde, confirmation en moins d’une seconde, et le mode de paiement « stablecoin = Gas », ne sont pour l’instant vérifiées que dans un environnement contrôlé.
Actuellement, Tempo a déjà intégré plusieurs partenaires issus du secteur des paiements, des banques et de la technologie, notamment Visa, Deutsche Bank, Shopify, Nubank, Revolut, OpenAI et Anthropic. La société indique qu’elle commencera par un pilote auprès de quelques entreprises et développeurs, afin d’assurer la sécurité, la conformité et une bonne expérience utilisateur, avant de déployer une version publique plus large et la mise en service du réseau principal.
2. Principaux points de controverse autour de Tempo
2.1 Pourquoi Tempo ne choisit pas Ethereum Layer2
Tempo n’a pas choisi de s’appuyer sur Ethereum pour construire une Layer2, mais a opté pour une toute nouvelle Layer1, ce qui a suscité des débats dans la communauté. Paradigm étant considéré comme un soutien fidèle de l’écosystème Ethereum, cette décision a surpris certains membres clés et a soulevé des questions. Selon Matt, co-fondateur de Paradigm et leader de Tempo, deux raisons expliquent ce choix : d’une part, la centralisation excessive des Layer2 existantes. Même des solutions comme Base utilisent une architecture de validateur à nœud unique, ce qui pose un risque de panne totale si le nœud unique rencontre un problème. Pour une chaîne de paiement globale impliquant des milliers de partenaires, une dépendance à un contrôle centralisé est difficile à faire confiance. Tempo vise à construire un réseau de validateurs décentralisé, multi-nœuds, pour garantir neutralité et sécurité dans le contexte des paiements transfrontaliers.
La deuxième raison concerne l’efficacité du règlement : la certitude finale sur Layer2 dépend de la chaîne principale Ethereum, qui doit périodiquement confirmer les transactions. Pour l’utilisateur, cela signifie souvent des délais d’attente plus longs pour les dépôts et retraits. Si cela peut être acceptable pour de petites transactions, cela limite la rapidité du règlement global, réduisant l’intérêt des stablecoins comme outil de règlement instantané. Tempo, en revanche, cherche à atteindre une confirmation en moins d’une seconde, répondant ainsi aux exigences de performance pour le paiement. La construction d’une Layer1 dédiée est donc une solution pour disposer d’un réseau sous-jacent capable de supporter de grands volumes de paiements.
Source : @paradigm
2.2 La neutralité de Tempo, doute
Tempo affirme vouloir rester neutre, permettant à quiconque d’émettre et d’utiliser des stablecoins sur la chaîne. Cependant, certains estiment que cette déclaration comporte des incohérences. D’abord, Tempo n’est pas une chaîne totalement ouverte dès son lancement, mais fonctionne avec un groupe de validateurs sous licence. Cela contredit l’idée d’une participation libre et sans permission. Ensuite, bien que Tempo permette l’utilisation de différents stablecoins pour payer ou transférer, le contrôle opérationnel reste concentré entre les mains de quelques grandes institutions. Si des acteurs à haut risque tentent d’émettre des stablecoins sur Tempo, il est peu probable que des validateurs comme Visa traitent ces transactions, ce qui remet en question la neutralité.
Un autre point de doute est que, historiquement, peu de réseaux « permissionnés puis décentralisés » ont réussi à évoluer vers une véritable ouverture. Lors de leur phase initiale, les entreprises détiennent le contrôle, ce qui leur confère aussi le pouvoir de répartir les bénéfices. Il est peu probable que des acteurs comme Visa abandonnent volontairement ce contrôle, surtout s’ils craignent la concurrence. La prétendue « neutralité » de Tempo n’est donc qu’un discours de marché, et non une réalité. La tendance historique des infrastructures financières majeures, de Visa aux chambres de compensation, va plutôt vers une concentration accrue. Pour briser cette tendance, Tempo devra faire face à une forte résistance.
2.3 Tempo, une chaîne d’alliance plutôt qu’une blockchain publique
Sur le plan structurel, Tempo est souvent perçue comme une chaîne d’alliance. Son accès en tant que validateur n’est pas ouvert à tous, mais contrôlé par des partenaires. Ce modèle garantit la stabilité, mais concentre aussi le pouvoir de gouvernance, ce qui limite la décentralisation et la nature permissionless, caractéristiques fondamentales des blockchains publiques. On peut voir Tempo comme intégrant dès le départ une logique d’alliance, plus adaptée à un réseau de partenaires pour la compensation, plutôt qu’à une infrastructure ouverte et décentralisée.
La valeur de Tempo réside davantage dans la fourniture d’un environnement conforme et contrôlable pour ces institutions, plutôt que dans une avancée technologique sur les chaînes publiques existantes. Son ouverture et sa neutralité sont donc limitées. Même si elle reste compatible EVM et liée à l’écosystème Ethereum, elle apparaît comme une chaîne d’alliance pilotée par un groupe d’acteurs institutionnels, plutôt qu’une infrastructure publique véritable.
3. Signification stratégique de Tempo
3.1 La stratégie cryptographique de Stripe
La création de Tempo n’est pas un événement isolé, mais la suite logique de l’engagement de Stripe dans la cryptosphère. Après une phase d’expérimentation prudente, puis un investissement dans les stablecoins, Stripe a décidé de développer une blockchain prioritairement orientée paiement. La trajectoire stratégique de Stripe dans la cryptosphère se résume ainsi :
·Janvier 2018 : arrêt du support du paiement en Bitcoin, en raison de la lenteur des transactions et du faible intérêt, mettant fin à 4 ans d’expérimentations.
·Octobre 2024 : relance du paiement en cryptomonnaie aux États-Unis, avec support de USDC et USDP, règlement instantané en dollars, et frais inférieurs à ceux des cartes de crédit.
·Février 2025 : acquisition de Bridge, société d’infrastructure de stablecoins, pour environ 1,1 milliard de dollars, soulignant que les stablecoins seront le moteur principal du commerce transfrontalier.
·Mai 2025 : lancement d’un compte financier en stablecoin, couvrant 101 pays, permettant la gestion et le paiement cross-chain, avec une carte de paiement en stablecoin en partenariat avec Visa.
·Juin 2025 : acquisition de Privy, fournisseur d’infrastructure de portefeuilles Web3, pour renforcer l’écosystème de gestion des comptes.
·Septembre 2025 : lancement officiel de Tempo, comme Layer1 prioritaire pour le paiement.
3.2 Perspectives pour Tempo
Le lancement de Tempo n’est pas seulement une étape dans la stratégie cryptographique de Stripe, mais aussi une transition vers une nouvelle orientation stratégique. En s’attaquant directement à l’infrastructure, elle cherche à transformer la logique de paiement et de règlement transfrontalier. Elle vise à intégrer des centaines de millions de commerçants et d’utilisateurs dans la blockchain, tout en utilisant ses ressources pour faire avancer la blockchain vers le grand public. Sur le plan macroéconomique, Tempo bénéficie d’un contexte favorable : la pénétration des stablecoins dans le paiement international, la réserve de valeur et le règlement étant en croissance, et le cadre réglementaire se clarifiant. La vaste réseau mondial de commerçants de Stripe, associé à des partenaires comme Visa, Shopify, Deutsche Bank, OpenAI, offre à Tempo un terrain d’expérimentation complet, couvrant la collecte, le règlement et l’application.
Cependant, l’avenir de Tempo reste incertain. La tentative de Libra de Meta a montré que les initiatives d’entreprises privées, sous la pression réglementaire, peinent à concilier décentralisation et marché. La conception de Tempo, plus conforme à la réglementation, comporte aussi un risque de concentration du pouvoir. Si elle ne parvient pas à ouvrir progressivement sa gouvernance, Tempo pourrait simplement devenir une extension commerciale de Stripe, plutôt qu une infrastructure publique. Son avenir dépendra de sa capacité à équilibrer efficacité, ouverture et conformité, à gagner la confiance des institutions, et à accumuler une crédibilité inter-réseaux. Si ces conditions sont réunies, Tempo pourrait dépasser le stade expérimental pour devenir une infrastructure à vocation publique, avec une valeur à long terme qui s’affirmera dans cette évolution.
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Stripe s'associe à Paradigm pour lancer Tempo, visant les paiements mondiaux
Auteur : CoinW Research Institute
Le 4 septembre, le géant du paiement Stripe a annoncé une collaboration avec le principal fonds de capital-risque dans le domaine de la cryptographie, Paradigm, pour lancer une nouvelle blockchain publique, Tempo. Tempo est positionnée comme une Layer1 centrée sur le paiement, compatible EVM, avec pour objectif d’atteindre un débit supérieur à 100 000 transactions par seconde et une confirmation en moins d’une seconde, visant des scénarios d’application réels tels que les paiements transfrontaliers.
Le lancement de Tempo a rapidement attiré l’attention du marché. Les supporters pensent que l’entrée de Stripe pourrait favoriser une adoption massive des paiements sur la blockchain, ouvrant une nouvelle étape pour l’utilisation des stablecoins dans l’infrastructure financière mondiale ; les détracteurs, eux, considèrent que Tempo est essentiellement une chaîne d’alliance créée par un géant du paiement pour des intérêts commerciaux. Tempo représente-t-elle une nouvelle opportunité ou une répétition des anciens problèmes ? Dans cet article, CoinW Research Institute explorera ces questions.
1. Positionnement et vision de Tempo
1.1 Tempo, une Layer1 axée sur le paiement
Tempo estime que, malgré les avancées dans les contrats intelligents et l’écosystème applicatif, les blockchains existantes rencontrent encore trois grands obstacles dans le domaine du paiement : une volatilité élevée des frais de transaction, des délais de règlement imprévisibles, et un manque de modules modulables. Ces problèmes limitent leur adoption à grande échelle, notamment pour la compensation transfrontalière. La stratégie de Tempo consiste à concentrer ses ressources sur le secteur vertical du paiement, en mettant l’accent sur la stabilité et l’efficacité, en tant que Layer1 dédié au paiement. En s’appuyant sur le réseau de commerçants et l’interface de paiement de Stripe, Tempo cherche à combler le déficit infrastructurel actuel des blockchains publiques dans ce domaine.
Ce positionnement constitue aussi une remise en question du statu quo du secteur des paiements. Dans le système traditionnel, des réseaux comme Visa contrôlent depuis longtemps les chemins de transaction et la structure des frais, laissant les commerçants et utilisateurs souvent passifs face aux règles établies. Tempo tente de transposer ce modèle sur la blockchain, mais de manière protocolisée. Avec des concepts comme « stablecoin = Gas » et des routages de paiement intégrés, elle vise à rendre les paiements on-chain plus proches des scénarios réels, tout en assurant la prévisibilité et la certitude des transactions. L’objectif de Tempo n’est pas de réinventer une écosystème de blockchain généraliste, mais de devenir une couche intermédiaire entre le système de paiement réel et le monde de la blockchain, en se concentrant sur la stabilité et l’efficacité. Si cette vision se réalise, Stripe pourrait évoluer d’un simple fournisseur de passerelle de paiement vers un acteur stratégique dans la définition des règles de règlement, occupant une position clé dans l’infrastructure financière on-chain.
Source : tempo.xyz
1.2 Caractéristiques techniques clés de Tempo
Tempo met l’accent sur la priorité au paiement dans sa conception, avec des caractéristiques techniques centrées sur la stabilité, la conformité et la performance. Elle permet aux utilisateurs de payer les frais en utilisant n’importe quel stablecoin ; un canal de paiement dédié garantit que les transactions ne sont pas perturbées par d’autres activités on-chain, assurant ainsi faibles coûts et haute fiabilité ; de plus, Tempo supporte nativement l’échange à faible coût entre différents stablecoins, y compris ceux émis par des entreprises, renforçant ainsi la compatibilité du réseau. En outre, la fonction de transfert en masse, via l’abstraction de comptes, permet de traiter plusieurs transactions en une seule opération, améliorant considérablement l’efficacité ; un mécanisme de listes blanches/noires répond aux exigences réglementaires en matière de gestion des droits des utilisateurs, offrant une conformité nécessaire à la participation des institutions. Enfin, le champ de commentaire de transaction, compatible avec la norme ISO 20022 (norme internationale pour la communication financière transfrontalière), facilite la réconciliation entre on-chain et off-chain.
Ces caractéristiques indiquent que Tempo cible principalement les scénarios liés au paiement et au règlement de fonds. Sur le plan mondial, Tempo peut supporter directement des activités à haute fréquence comme la réception transfrontalière ; ses comptes financiers intégrés permettent aux entreprises et développeurs une gestion efficace des fonds sur la blockchain ; ses transferts rapides et peu coûteux pourraient réduire les coûts d’intermédiation pour les transferts internationaux, favorisant l’inclusion financière. De plus, Tempo pourrait supporter le règlement en temps réel de dépôts tokenisés, offrant des services financiers 24/7 ; dans les micro-paiements et les paiements automatisés via des agents intelligents, ses faibles coûts et son automatisation facilitent le développement de nouvelles applications.
On peut aussi noter que Tempo se distingue des autres chaînes de stablecoins comme Plasma par son « ouverture ». Tempo autorise toute personne à émettre des stablecoins et supporte leur utilisation directe comme frais de paiement ; Plasma, lui, propose des transferts USDT sans frais, un mécanisme de jetons Gas personnalisables, et des fonctionnalités de confidentialité, en visant principalement la performance et l’expérience utilisateur ; Circle Arc, quant à lui, définit USDC comme le Gas natif de la chaîne, et intègre d’autres stablecoins comme USYC dans un écosystème central, avec une forte intégration dans le réseau de paiement et le portefeuille de Circle. Globalement, Plasma privilégie la performance de paiement, Arc se concentre sur la conformité verticale, tandis que Tempo construit une couche stablecoin plus diversifiée.
1.3 Tempo, encore en phase de testnet
Il est important de noter que Tempo est encore en phase de testnet. Selon les informations publiques, cette étape se concentre principalement sur un environnement de validation restreint, pour tester des scénarios fondamentaux comme les paiements transfrontaliers. Les données de performance annoncées, telles que 100 000 transactions par seconde, confirmation en moins d’une seconde, et le mode de paiement « stablecoin = Gas », ne sont pour l’instant vérifiées que dans un environnement contrôlé.
Actuellement, Tempo a déjà intégré plusieurs partenaires issus du secteur des paiements, des banques et de la technologie, notamment Visa, Deutsche Bank, Shopify, Nubank, Revolut, OpenAI et Anthropic. La société indique qu’elle commencera par un pilote auprès de quelques entreprises et développeurs, afin d’assurer la sécurité, la conformité et une bonne expérience utilisateur, avant de déployer une version publique plus large et la mise en service du réseau principal.
2. Principaux points de controverse autour de Tempo
2.1 Pourquoi Tempo ne choisit pas Ethereum Layer2
Tempo n’a pas choisi de s’appuyer sur Ethereum pour construire une Layer2, mais a opté pour une toute nouvelle Layer1, ce qui a suscité des débats dans la communauté. Paradigm étant considéré comme un soutien fidèle de l’écosystème Ethereum, cette décision a surpris certains membres clés et a soulevé des questions. Selon Matt, co-fondateur de Paradigm et leader de Tempo, deux raisons expliquent ce choix : d’une part, la centralisation excessive des Layer2 existantes. Même des solutions comme Base utilisent une architecture de validateur à nœud unique, ce qui pose un risque de panne totale si le nœud unique rencontre un problème. Pour une chaîne de paiement globale impliquant des milliers de partenaires, une dépendance à un contrôle centralisé est difficile à faire confiance. Tempo vise à construire un réseau de validateurs décentralisé, multi-nœuds, pour garantir neutralité et sécurité dans le contexte des paiements transfrontaliers.
La deuxième raison concerne l’efficacité du règlement : la certitude finale sur Layer2 dépend de la chaîne principale Ethereum, qui doit périodiquement confirmer les transactions. Pour l’utilisateur, cela signifie souvent des délais d’attente plus longs pour les dépôts et retraits. Si cela peut être acceptable pour de petites transactions, cela limite la rapidité du règlement global, réduisant l’intérêt des stablecoins comme outil de règlement instantané. Tempo, en revanche, cherche à atteindre une confirmation en moins d’une seconde, répondant ainsi aux exigences de performance pour le paiement. La construction d’une Layer1 dédiée est donc une solution pour disposer d’un réseau sous-jacent capable de supporter de grands volumes de paiements.
Source : @paradigm
2.2 La neutralité de Tempo, doute
Tempo affirme vouloir rester neutre, permettant à quiconque d’émettre et d’utiliser des stablecoins sur la chaîne. Cependant, certains estiment que cette déclaration comporte des incohérences. D’abord, Tempo n’est pas une chaîne totalement ouverte dès son lancement, mais fonctionne avec un groupe de validateurs sous licence. Cela contredit l’idée d’une participation libre et sans permission. Ensuite, bien que Tempo permette l’utilisation de différents stablecoins pour payer ou transférer, le contrôle opérationnel reste concentré entre les mains de quelques grandes institutions. Si des acteurs à haut risque tentent d’émettre des stablecoins sur Tempo, il est peu probable que des validateurs comme Visa traitent ces transactions, ce qui remet en question la neutralité.
Un autre point de doute est que, historiquement, peu de réseaux « permissionnés puis décentralisés » ont réussi à évoluer vers une véritable ouverture. Lors de leur phase initiale, les entreprises détiennent le contrôle, ce qui leur confère aussi le pouvoir de répartir les bénéfices. Il est peu probable que des acteurs comme Visa abandonnent volontairement ce contrôle, surtout s’ils craignent la concurrence. La prétendue « neutralité » de Tempo n’est donc qu’un discours de marché, et non une réalité. La tendance historique des infrastructures financières majeures, de Visa aux chambres de compensation, va plutôt vers une concentration accrue. Pour briser cette tendance, Tempo devra faire face à une forte résistance.
2.3 Tempo, une chaîne d’alliance plutôt qu’une blockchain publique
Sur le plan structurel, Tempo est souvent perçue comme une chaîne d’alliance. Son accès en tant que validateur n’est pas ouvert à tous, mais contrôlé par des partenaires. Ce modèle garantit la stabilité, mais concentre aussi le pouvoir de gouvernance, ce qui limite la décentralisation et la nature permissionless, caractéristiques fondamentales des blockchains publiques. On peut voir Tempo comme intégrant dès le départ une logique d’alliance, plus adaptée à un réseau de partenaires pour la compensation, plutôt qu’à une infrastructure ouverte et décentralisée.
La valeur de Tempo réside davantage dans la fourniture d’un environnement conforme et contrôlable pour ces institutions, plutôt que dans une avancée technologique sur les chaînes publiques existantes. Son ouverture et sa neutralité sont donc limitées. Même si elle reste compatible EVM et liée à l’écosystème Ethereum, elle apparaît comme une chaîne d’alliance pilotée par un groupe d’acteurs institutionnels, plutôt qu’une infrastructure publique véritable.
3. Signification stratégique de Tempo
3.1 La stratégie cryptographique de Stripe
La création de Tempo n’est pas un événement isolé, mais la suite logique de l’engagement de Stripe dans la cryptosphère. Après une phase d’expérimentation prudente, puis un investissement dans les stablecoins, Stripe a décidé de développer une blockchain prioritairement orientée paiement. La trajectoire stratégique de Stripe dans la cryptosphère se résume ainsi :
·Janvier 2018 : arrêt du support du paiement en Bitcoin, en raison de la lenteur des transactions et du faible intérêt, mettant fin à 4 ans d’expérimentations.
·Octobre 2024 : relance du paiement en cryptomonnaie aux États-Unis, avec support de USDC et USDP, règlement instantané en dollars, et frais inférieurs à ceux des cartes de crédit.
·Février 2025 : acquisition de Bridge, société d’infrastructure de stablecoins, pour environ 1,1 milliard de dollars, soulignant que les stablecoins seront le moteur principal du commerce transfrontalier.
·Mai 2025 : lancement d’un compte financier en stablecoin, couvrant 101 pays, permettant la gestion et le paiement cross-chain, avec une carte de paiement en stablecoin en partenariat avec Visa.
·Juin 2025 : acquisition de Privy, fournisseur d’infrastructure de portefeuilles Web3, pour renforcer l’écosystème de gestion des comptes.
·Septembre 2025 : lancement officiel de Tempo, comme Layer1 prioritaire pour le paiement.
3.2 Perspectives pour Tempo
Le lancement de Tempo n’est pas seulement une étape dans la stratégie cryptographique de Stripe, mais aussi une transition vers une nouvelle orientation stratégique. En s’attaquant directement à l’infrastructure, elle cherche à transformer la logique de paiement et de règlement transfrontalier. Elle vise à intégrer des centaines de millions de commerçants et d’utilisateurs dans la blockchain, tout en utilisant ses ressources pour faire avancer la blockchain vers le grand public. Sur le plan macroéconomique, Tempo bénéficie d’un contexte favorable : la pénétration des stablecoins dans le paiement international, la réserve de valeur et le règlement étant en croissance, et le cadre réglementaire se clarifiant. La vaste réseau mondial de commerçants de Stripe, associé à des partenaires comme Visa, Shopify, Deutsche Bank, OpenAI, offre à Tempo un terrain d’expérimentation complet, couvrant la collecte, le règlement et l’application.
Cependant, l’avenir de Tempo reste incertain. La tentative de Libra de Meta a montré que les initiatives d’entreprises privées, sous la pression réglementaire, peinent à concilier décentralisation et marché. La conception de Tempo, plus conforme à la réglementation, comporte aussi un risque de concentration du pouvoir. Si elle ne parvient pas à ouvrir progressivement sa gouvernance, Tempo pourrait simplement devenir une extension commerciale de Stripe, plutôt qu une infrastructure publique. Son avenir dépendra de sa capacité à équilibrer efficacité, ouverture et conformité, à gagner la confiance des institutions, et à accumuler une crédibilité inter-réseaux. Si ces conditions sont réunies, Tempo pourrait dépasser le stade expérimental pour devenir une infrastructure à vocation publique, avec une valeur à long terme qui s’affirmera dans cette évolution.