Duan Yongping et ses 100 milliards de yuans : comment un « étudiant pauvre » est devenu le guide silencieux du marché

Lorsque un investisseur discret disposant de plus de 100 milliards de yuans d’actifs passe à l’action, les marchés écoutent. Duan Yongping, qui accorde rarement des interviews ou ne fait pas de déclarations publiques, a récemment brisé le silence sur Xueqiu (une plateforme d’investissement chinoise), révélant sa dernière activité d’investissement. Son annonce succincte — « Aujourd’hui j’ai acheté Tencent et aussi Moutai » — a fait des vagues dans la communauté financière, suscitant des spéculations sur le fait que ces mouvements pourraient indiquer un changement plus large du marché. C’est du Duan Yongping pur jus : peu de mots, un impact maximal sur le marché.

Les 180 milliards de richesse derrière le silence : le portefeuille caché de Duan Yongping

Malgré son profil discret, la richesse de Duan Yongping est stupéfiante. Selon des rapports citant des dépôts SEC de début 2024, sa société d’investissement américaine, H&H International Investment LLC, gère environ 14,457 milliards de dollars en valeurs américaines uniquement. Ajoutés à ses importantes participations en actions A et en actions hongkongaises, les estimations placent sa fortune totale à environ 180 milliards de yuans — un chiffre qui le classerait parmi les plus riches de Chine, mais il reste quasiment absent des listes mondiales des milliardaires.

L’écart entre la richesse réelle de Duan Yongping et sa reconnaissance publique provient de sa volonté délibérée d’opacité. Contrairement à ses pairs qui cherchent la médiatisation, Duan Yongping opère dans l’ombre, gérant son portefeuille sans fanfare. Ses holdings américaines révèlent une mise très concentrée sur quatre entreprises : Apple (79,54 % de ses actions américaines), Berkshire Hathaway, Google et Alibaba. Cette concentration n’est pas le signe d’une négligence, mais d’une conviction profonde — chaque position témoigne d’une croyance forte dans l’avantage concurrentiel durable de l’entreprise.

Des échecs aux succès : le parcours improbable de Duan Yongping

L’ironie du succès de Duan Yongping est qu’il a presque été impossible. Né en 1961 de deux enseignants du Jiangxi Water Resources and Electric Power College, il n’était pas destiné à la grandeur. Pendant ses années de formation, ses parents répondaient à l’appel de la rééducation rurale en Chine, emmenant le jeune Duan Yongping à Jinggangshan, où il passait son enfance à grimper aux arbres, pêcher et jouer plutôt qu’à étudier.

Lorsque les examens d’entrée à l’université ont repris en 1977, le Duan de 16 ans affrontait une concurrence féroce parmi 5,7 millions de candidats. Son score était à peine notable : un peu plus de 80 points sur quatre matières. La plupart auraient accepté l’échec, mais pas lui.

Un an plus tard, il repasse l’examen. Cette fois, il obtient en moyenne plus de 80 points par matière — un retournement spectaculaire qui lui permet d’intégrer le département de radioélectronique de l’Université de Zhejiang. Cette réussite est remarquable non seulement par son ampleur, mais aussi par son timing : il entre à l’université avant Shi Yuzhu, futur fondateur du groupe Giant, devenant un mentor involontaire pour un homme qui le surpassera en richesse.

La naïveté initiale de Duan Yongping était profonde. Arrivé à Hangzhou depuis Jinggangshan rural, il était submergé par la vie urbaine. Il ne pouvait pas passer un appel téléphonique sans regarder quelqu’un d’autre le faire — un homme qui deviendra plus tard un fabricant d’équipements de télécommunications, simplement en apprenant par observation.

Après l’université, il décroche un poste convoité à la Beijing Electronic Tube Factory, avec un salaire de 46 yuans par mois — un montant conséquent pour l’époque. Mais il quitte rapidement cet emploi. Sa décision d’abandonner la « marmite de fer » de l’emploi d’État s’est révélée prophétique : elle a conduit à la création de Rihua Electronics, puis à celle de « Little Tyrant », un dispositif de jeu éducatif qui a captivé des millions de parents chinois. Une campagne publicitaire à la CCTV avec Jackie Chan (« Petit Tyran — les parents aiment leurs enfants ; les enfants veulent devenir des dragons ») a transformé le produit en un incontournable domestique. Ce succès a semé les graines de l’émergence ultérieure de BBK Electronics, et indirectement, des empires du téléphone mobile OPPO et Vivo.

Les leçons de Buffett, la doctrine de Duan Yongping : les trois principes qui l’ont rendu riche

Le parcours de Duan Yongping a connu un tournant majeur après 2006, lorsqu’il a décroché un déjeuner avec Warren Buffett pour 620 000 dollars, devenant le premier Chinois à remporter une telle enchère. Ce qui s’est passé durant ces trois heures reste sujet à spéculation, mais l’après-coup est clair : Duan Yongping s’est affirmé comme un investisseur axé sur la valeur, adoptant la philosophie centrale de Buffett.

Les fruits de cette rencontre se sont cristallisés dans ce que Duan Yongping appelle ses « Trois principes non » : pas de vente à découvert, pas d’emprunt, et pas d’investissement dans ce qu’il ne comprend pas. Ce ne sont pas des conseils à la légère, mais des leçons durement acquises lors de pertes en marché.

Son interdiction de la vente à découvert provient d’une douleur personnelle. Des années plus tôt, il avait subi une perte de 200 millions de dollars en shortant Baidu — une erreur qui a renforcé sa conviction que lutter contre la tendance à long terme des entreprises solides est futile. Selon lui, la vente à découvert comporte un risque asymétrique : le potentiel de gain est plafonné à 100 %, tandis que la perte peut être illimitée.

Son aversion à la dette est tout aussi principielle. Duan Yongping affirme que l’emprunt ne fait accélérer les rendements que jusqu’à un certain point — et quand cela échoue, cela peut anéantir la richesse. Il oppose sa stratégie à celle d’entrepreneurs comme Jia Yueting ou Xu Jiayin, dont les stratégies à levier ont connu des échecs spectaculaires. Son refus d’emprunter signifie une croissance plus lente, mais aussi une survie assurée. « Peu importe si vous empruntez ou non, » dit-il, « vous manquerez d’innombrables opportunités dans votre vie, mais si vous empruntez et échouez, vous ne vous relevez peut-être jamais. »

Le troisième principe — éviter d’investir dans ce qu’il ne comprend pas — explique pourquoi Duan Yongping n’a jamais investi dans Pinduoduo, malgré le succès phénoménal de son protégé Huang Zheng avec la plateforme. Lorsque la valorisation de Pinduoduo a brièvement dépassé celle d’Alibaba, Duan Yongping a simplement haussé les épaules en disant qu’il « ne comprenait pas ». Ce n’était pas de la modestie feinte, mais une honnêteté disciplinée. La même logique le pousse à éviter l’IA : ce secteur ne présente pas encore les décennies de rentabilité démontrée qui sous-tendent ses principales positions.

Analyser les mouvements récents de Duan Yongping : pourquoi Tencent et Moutai comptent en 2025

L’annonce de janvier 2025 d’achats dans Tencent et Moutai a du poids précisément parce que Duan Yongping achète si rarement et de manière délibérée. Les deux entreprises ont connu des vents contraires importants : le titre Tencent a chuté de 11,46 % lors des cinq premières journées de trading de 2025, avec six jours consécutifs de baisse. Les difficultés de Moutai étaient encore plus marquées — une baisse annuelle de 8,46 % en 2024 avait ébranlé la confiance des investisseurs, au point que les prix du Feitian Moutai ont suivi la baisse du marché.

Les achats de Duan Yongping ont signalé une vision contrariante : ces baisses représentaient une capitulation, non une détérioration fondamentale. En quelques jours, les deux actions se sont stabilisées et ont commencé à rebondir. Que ses mouvements aient directement catalysé ce rebond reste sujet à débat, mais le timing est instructif. Les investisseurs supposent instinctivement qu’un milliardaire prêt à déployer du capital en période de panique détient probablement des informations ou des insights inaccessibles au marché général.

Tencent occupe une position unique dans le portefeuille de Duan Yongping. Il a déclaré à plusieurs reprises que cette société est non négociable — son équivalent d’une position centrale comme Apple ou Berkshire Hathaway. Pourtant, il reconnaît aussi que la certitude sur Tencent est « bien inférieure à celle d’Apple », reflétant les risques inhérents aux actions technologiques chinoises soumises à la régulation. Sa volonté d’ajouter à cette position malgré ces risques montre qu’il croit que le modèle d’affaires et la barrière concurrentielle de Tencent justifient la prime de risque.

Moutai, en revanche, représente une pure valeur domestique. Duan Yongping a investi dès 2013, lorsque le titre se négociait entre 122 et 217 yuans par an — offrant des rendements jusqu’à huit fois son capital initial. Sa récente accumulation suggère qu’il voit dans la faiblesse actuelle une nuisance temporaire qui masque une valeur à long terme.

Au-delà d’Apple et Tencent : ce que pourrait révéler la prochaine étape de Duan Yongping

La question cruciale n’est pas ce que Duan Yongping a déjà acheté, mais ce qu’il pourrait acheter ensuite. Son portefeuille donne des indices : Apple reste sa plus grande position aux États-Unis, une position initiée en 2011 lorsque le titre valait à peine 5,78 dollars à son point le plus bas. Même en tenant compte des prix d’achat plus élevés, sa participation dans Apple a été multipliée par soixante, atteignant environ 14 milliards de dollars. Cette seule position illustre la puissance du principe fondamental de Duan Yongping : acheter des entreprises de qualité, ignorer les fluctuations à court terme, et attendre des décennies si nécessaire.

La leçon plus large que renferme la richesse et le comportement de Duan Yongping est que la discipline silencieuse produit une puissance bien plus grande que le trading tape-à-l’œil. Il a réussi ce que peu d’investisseurs parviennent à faire : la patience de laisser la magie de la capitalisation opérer pleinement, l’humilité d’éviter les secteurs hors de sa portée, et le courage de déployer du capital quand tout le monde panique.

Pour les observateurs, le mystère n’est pas de savoir si Duan Yongping continuera à investir — il le fera. La vraie question est de savoir quelle entreprise méritera son prochain investissement, et si le marché saura reconnaître le signal à temps.

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