Écrit par : Kaori
Édité par : Sleepy.txt
En février 2026, Monsieur Beast a officiellement acquis la licorne bancaire numérique pour adolescents, Step. Grâce à cette transaction, il a obtenu une plateforme financière complète comprenant comptes, cartes, et construction de crédit.
L’année dernière, en octobre, Monsieur Beast a déposé la marque « MrBeast Financial », couvrant des domaines tels que l’exploitation de plateformes d’échange décentralisées, le traitement des paiements en cryptomonnaies, la gestion d’investissements, etc. Et il y a un mois, la société financière BitMine, détenant 43 millions d’Ethereum et visant à contrôler 5 % de l’offre totale d’Ethereum, a injecté 200 millions de dollars dans l’entreprise de Monsieur Beast.
Un influenceur de 27 ans, qui s’est enterré en direct sur YouTube ou a construit une pyramide dans le désert, a obtenu en moins de quatre mois un chèque de stratèges de Wall Street, une licence bancaire, et 7 millions de jeunes utilisateurs.
Au cours des dernières années, Monsieur Beast a vendu des chocolats, des vêtements lors de tempêtes médiatiques, Li Dan des snacks, Li Jiaqi du rouge à lèvres. La logique commerciale de ces influenceurs est encore à un stade primaire, consistant à vendre des produits pour monétiser leur audience. Mais aujourd’hui, Monsieur Beast a réalisé la transition du commerce de détail de biens de consommation vers l’infrastructure financière.
Créer un produit de consommation, connecter le moteur de distribution de Monsieur Beast, et cela devient la ligne de profit la plus lucrative de toute l’entreprise. La marque Feastables a déjà validé ce modèle, et l’acquisition de Step indique qu’il souhaite appliquer le même scénario au secteur des services financiers.
Ce qui diffère, c’est que le plafond de revenus par client dans les services financiers dépasse celui des barres de chocolat par un facteur de 10.
Une chute de licorne
Pour comprendre la logique commerciale de cette transaction, il faut d’abord examiner les difficultés rencontrées par Step ces dernières années.
Le cœur de la cible de cette société est constituée d’adolescents de 13 à 18 ans, qui ne peuvent pas légalement ouvrir de comptes de crédit, faire des investissements à haut risque, ou même avoir un revenu officiel. Il est difficile de tirer profit d’eux : leurs revenus proviennent principalement de l’argent de poche donné par leurs parents, avec un peu d’intérêt, ou de petites commissions sur leurs achats occasionnels.
Bien que Step ait accumulé 7 millions d’utilisateurs, c’était une activité déficitaire. La conformité, la gestion des risques, le service client, la maintenance technique, chaque aspect nécessitait des investissements constants, alors que la manne des jeunes utilisateurs était très limitée.
Ce modèle à forte croissance mais faible rentabilité pouvait encore faire sens lors de la période de frénésie capitalistique de 2021, mais en 2025, le marché ne suivait plus. Les investisseurs ont commencé à resserrer leur budget, rendant les financements de Step de plus en plus difficiles.
Le coup le plus dur est venu du côté réglementaire. La banque partenaire de base de Step, Evolve Bank & Trust, a été fréquemment confrontée à des ordres de cessation d’activité de la Réserve fédérale au second semestre 2024. La banque a été sommée de se conformer à des règles anti-blanchiment, de sécurité des données, etc., ce qui a directement empêché Step de lancer ses produits de crédit pour adolescents, ses services d’investissement et de gestion patrimoniale, générateurs de marges importantes.
Toutes les voies de conformité pour étendre de nouvelles sources de profit ont été coupées, et la direction de Step a dû choisir : soit réduire drastiquement ses effectifs et ses activités pour attendre un redressement du marché, soit vendre à un acheteur quand l’opportunité se présentait. Ils ont choisi la seconde option.
L’offre de Monsieur Beast n’était pas très généreuse, et beaucoup pensent qu’il s’agissait d’une acquisition à prix réduit. Mais pour les investisseurs de Step, c’était peut-être la meilleure sortie possible.
Pourquoi, avec ces 7 millions d’utilisateurs, cette licence bancaire et cette architecture technologique, cette plateforme peut-elle passer d’un gouffre à argent à une machine à produire des profits ?
La réponse est simple : le coût d’acquisition.
Dans la banque de consommation traditionnelle, le coût d’acquisition d’un client tourne généralement entre 100 et 300 dollars. Des entreprises comme SoFi ou Chime dépensent chaque année des centaines de millions de dollars en marketing pour maintenir leur croissance.
Mais pour Monsieur Beast, une vidéo coûte combien ? Selon les données internes de Beast Industries, la production d’une vidéo YouTube coûte entre 50 000 et 2 millions de dollars. Et cette vidéo peut atteindre entre 100 millions et 300 millions de vues. Si 1 % de ces spectateurs s’inscrivent sur Step, cela représente 1 à 3 millions de nouveaux utilisateurs. Le coût d’acquisition par utilisateur est alors inférieur à 1 dollar.
Ce qui est encore plus remarquable, c’est que cette méthode d’acquisition ne nécessite presque pas de coûts marginaux supplémentaires. Monsieur Beast doit déjà produire du contenu, publier des vidéos. Intégrer la promotion de Step dans ses vidéos n’est qu’un geste supplémentaire. Avec une audience cumulée de 600 millions de fans sur YouTube, TikTok, Instagram, le coût d’acquisition devient quasiment nul.
Ce avantage en termes de coûts est impossible à reproduire pour toute entreprise fintech traditionnelle.
De la chocolaterie à la carte bancaire
Monsieur Beast n’est pas le premier influenceur à tenter de vendre des produits via la création de contenu. Leur logique commerciale est souvent similaire : utiliser l’effet de célébrité pour convertir la première vente, transformer les fans en consommateurs.
Mais ce modèle présente un défaut fatal : il dépend d’un flux constant de trafic, et manque de fidélité à la réachat. Un fan peut acheter une fois parce qu’il vous aime, mais il est difficile de le faire revenir. La valeur à vie du client est très courte, et le plafond du modèle est limité.
Monsieur Beast a choisi une voie totalement différente.
En 2022, il a lancé sa propre marque de chocolat, Feastables, qui a complètement bouleversé la logique du secteur alimentaire traditionnel.
Il n’a dépensé aucun centime en publicité classique, toute la promotion se fait via ses contenus. Il conçoit des défis dans ses vidéos, où Feastables est présenté comme prix ou accessoire. Les fans ne sont pas seulement consommateurs, ils participent activement au contenu.
Malgré le fait que ses vidéos génèrent chaque année plus d’un milliard de dollars de revenus médiatiques, l’investissement élevé dans la production de contenu a conduit à une perte de près de 80 millions de dollars en 2024. La société a besoin d’une ligne de produits à forte marge pour compenser. En 2024, Feastables a réalisé un chiffre d’affaires de 250 millions de dollars, avec un bénéfice supérieur à 20 millions, dépassant pour la première fois les revenus publicitaires de YouTube et Prime Video de Monsieur Beast, devenant la ligne la plus rentable de Beast Industries.
Cela prouve une chose : lorsque vous disposez d’une capacité de distribution puissante, vous pouvez connecter n’importe quel produit à cet écosystème, et il décollera.
Le chocolat, les barres énergétiques, les hamburgers, tous ont suivi cette logique. Et la carte bancaire ?
L’acquisition de Step revient à transférer le scénario de Feastables dans le secteur financier. La différence, c’est qu’il n’est pas nécessaire de repartir de zéro pour construire une chaîne d’approvisionnement, une marque, des canaux. Avec 7 millions d’utilisateurs existants, une licence bancaire complète, une architecture technologique mature, toute l’infrastructure est déjà en place. Ce que Monsieur Beast doit faire, c’est simplement connecter son moteur de distribution.
De plus, la valeur à vie d’un client dans les services financiers dépasse celle d’une barre de chocolat d’au moins 10 fois. Un utilisateur de Step, s’il reste actif, peut déposer, dépenser, investir, emprunter sur la plateforme. Avec l’âge, ses besoins financiers deviennent plus complexes, et ses revenus pour la plateforme augmentent. C’est un actif à valeur réelle à long terme.
Mais avoir une efficacité d’acquisition et une capacité de distribution ne suffit pas. Le secteur financier est déjà saturé de concurrents établis : SoFi, Chime, Cash App, qui disposent de licences complètes, d’une gamme de produits étendue, et de dizaines de millions d’utilisateurs. Pourquoi Monsieur Beast pourrait-il leur prendre une part de marché future ?
Les capturer avant l’université
2025 marque un tournant : la banque numérique ne sera plus aussi facile. L’acquisition de clients devient plus difficile, la croissance ralentit.
SoFi, en tant que nouvelle banque fintech, a construit sa force sur la restructuration de prêts étudiants et une offre de services financiers intégrés. Sa clientèle type a entre 25 et 35 ans, jeunes professionnels sortis récemment de l’université ou en début de carrière, avec des prêts étudiants à rembourser, cherchant des refinancements à taux réduit. Elle propose des dépôts, des investissements, des assurances, du conseil financier.
Ce modèle a connu un grand succès ces dix dernières années, mais il arrive trop tard. Lorsqu’un jeune entre à l’université et commence à accumuler des prêts, ses habitudes financières sont déjà en partie formées. Il a probablement déjà une première carte bancaire, utilise une application de paiement, a confiance dans une marque.
Les utilisateurs de Step, eux, ont 88 % de leurs premiers comptes bancaires. Leur âge est concentré entre 13 et 18 ans, ils n’ont pas encore de habitudes financières, ni de fidélité à une marque. Celui qui occupe cette période de vide aura une longueur d’avance pour l’avenir.
Cela signifie que Monsieur Beast a verrouillé le crédit potentiel de ces jeunes cinq ans avant leur entrée à l’université. Lorsqu’ils auront 18 ans, ils seront habitués à utiliser Step pour dépenser, épargner, consulter leurs comptes. Leur premier salaire sera déposé sur Step, leur premier paiement échelonné sera effectué via Step, et leurs premiers investissements commenceront aussi par Step.
À ce moment-là, pour que SoFi leur vole ces utilisateurs, le coût sera bien supérieur à aujourd’hui.
Et surtout, leur proposition de valeur est totalement différente. SoFi offre des outils financiers professionnels, avec des conseillers certifiés, des formations en gestion de patrimoine, des taux de prêt optimisés.
Ce qui attire les consommateurs financiers mûrs, mais pour un adolescent de 15 ans, c’est trop ennuyeux.
Monsieur Beast, lui, propose de la monnaie sociale. Step offre 10 % de cashback, la seule façon de participer aux défis vidéo de Monsieur Beast, et peut-être à l’avenir, une chance de rencontrer l’influenceur en personne. Pour la génération Z, cette participation, ce sentiment d’appartenance, ont une fidélité bien plus forte que 0,5 % d’intérêt sur un dépôt.
Ainsi, la captation ne consiste pas à voler des clients existants à SoFi, mais à verrouiller en amont, via une communication gratuite, la croissance future, avant que SoFi ne puisse payer pour toucher ces jeunes.
Et le jeu évolue aussi.
Lorsque l’État commence à valoriser les comptes pour adolescents
Le 20 janvier 2026, le département du Trésor américain a publié un cadre politique intitulé Trump Accounts. Il propose d’ouvrir automatiquement un compte d’épargne soutenu par l’État pour chaque enfant né aux États-Unis, avec un dépôt initial, pour encourager les familles à épargner en vue de leur majorité, afin que cet argent devienne leur première richesse.
Ce projet a surtout une portée symbolique. Son impact réel réside dans la transformation de chaque premier investissement et premier compte d’un enfant en une narration et une politique à l’échelle nationale.
Wall Street a immédiatement perçu ce changement de cap. À la fin janvier 2026, lors d’une réunion stratégique, JPMorgan a annoncé qu’elle allait renforcer ses investissements dans les services financiers pour adolescents. Bank of America a lancé un programme national d’épargne pour jeunes. Même Wells Fargo, habituellement très prudent, a commencé à explorer des partenariats avec des écoles pour des cours d’éducation financière.
Cela va rehausser la priorité stratégique des comptes pour adolescents dans tout le secteur bancaire. Autrefois, les banques pensaient que les enfants n’avaient pas d’argent, et ne s’y intéressaient pas ; aujourd’hui, tout le monde voit cela comme une bataille pour le futur.
Pour Monsieur Beast et Step, c’est une opportunité énorme. Les 7 millions d’adolescents qu’ils ont accumulés ces dernières années, qui étaient jusqu’ici une ressource potentielle, deviennent une ressource stratégique précieuse dès maintenant.
Monsieur Beast a su capter la tendance : la réévaluation par l’État, les banques et la fintech de l’importance des comptes pour jeunes. La maîtrise du timing est parfois plus importante que l’effort lui-même.
Mais ce n’est que le début de l’histoire. Une fois qu’il aura maîtrisé le flux de base, intercepté les futurs clients des institutions financières traditionnelles, sera-t-il satisfait de simplement jouer le rôle de simple porteur de monnaie dans le monde fiat ?
La stratégie haussière d’ETH
Après l’annonce de l’investissement de 200 millions de dollars dans BitMine, la communauté crypto a été quelque peu surprise.
Ce n’est pas une société de capital-risque ordinaire : BitMine est une société financière basée sur Ethereum, leader mondial, détenant plus de 4,3 millions d’ETH, d’une valeur dépassant 10 milliards de dollars au prix du marché. Leur objectif est clair : contrôler 5 % de l’offre totale d’Ethereum, devenir l’acteur le plus influent de cet écosystème.
Tom Lee, l’un des plus célèbres optimistes sur Ethereum à Wall Street, a déclaré à plusieurs reprises que cette blockchain deviendrait le protocole de base de la finance future, à l’image du TCP/IP à l’ère d’Internet. Mais il sait aussi que Wall Street comprend la technologie, la puissance des contrats intelligents, mais ne sait pas comment toucher la jeune génération et leur mode de vie numérique.
Monsieur Beast devient le pont entre ces deux mondes.
Dans la logique d’investissement de BitMine, les 7 millions d’utilisateurs de Step sont un terrain d’expérimentation parfait. Ces jeunes n’ont pas le poids des anciennes mentalités financières, ils aiment la nouveauté. En leur plantant la graine de la finance décentralisée, dans une dizaine d’années, ils seront la force motrice de la société, et considérer les actifs numériques comme une norme sera naturel.
Déjà en octobre 2025, Beast Industries a discrètement déposé la marque « MrBeast Financial », mentionnant explicitement les paiements en cryptomonnaies, les échanges et la gestion d’actifs.
Monsieur Beast ne veut pas se limiter à faire du retail bancaire en monnaie fiduciaire. Il veut faire de Step une porte d’entrée vers la finance traditionnelle et la cryptomonnaie.
Dans une interview concernant cet investissement, le PDG de Beast Industries, Jeff Housenbold, a déclaré : « Nous espérons approfondir la coopération avec BitMine et intégrer la DeFi dans la plateforme de services financiers à venir. »
Bien sûr, la régulation est un défi. La SEC surveille de près les cryptomonnaies, surtout lorsqu’il s’agit de mineurs, ce qui constitue une ligne rouge. Mais l’équipe de Monsieur Beast semble bien préparée : elle a embauché d’anciens responsables de la SEC comme conseillers, maintient un dialogue avec les régulateurs, et avance prudemment.
Avec une attitude relativement favorable du gouvernement Trump envers la cryptomonnaie, le cadre « Trump Accounts » n’a pas explicitement soutenu les actifs numériques, mais n’a pas non plus fermé la porte. Certains pensent qu’inciter les jeunes à découvrir la cryptomonnaie et à apprendre la gestion des risques pourrait être une bonne chose.