I. Crédit : la mise à niveau structurelle incontournable pour le prêt DeFi
1. La surcollatéralisation pure ne permet pas une finance évolutive
La surcollatéralisation a été très efficace aux débuts de la DeFi, mais elle présente trois limites majeures :
- Plafond d’efficacité du capital : emprunter 1 $ suppose généralement de bloquer 1,5 à 2 $ d’actifs, ce qui limite structurellement la capacité d’extension.
- Structure d’actif unique : la dépendance à des actifs natifs on-chain très liquides rend difficile l’intégration de la diversité d’actifs de l’économie réelle.
- Structure de participation restreinte : les petites et moyennes institutions et entreprises ne peuvent pas supporter durablement des ratios de collatéral élevés, ce qui freine l’accès des besoins de financement réels à l’écosystème on-chain.
En conséquence, si le prêt DeFi veut passer de la « crypto finance » à la « finance élargie », le crédit n’est pas une option, mais une nécessité.
2. Le crédit DeFi n’est pas une copie du système bancaire traditionnel
Il est essentiel de préciser : introduire le crédit ≠ répliquer le système bancaire.
Les principales différences sont :
- Crédit bancaire : basé sur des réseaux relationnels et des évaluations opaques
- Crédit DeFi : fondé sur des règles, des données et des mécanismes de contraintes vérifiables
Les approches dominantes actuelles incluent :
- Pools de crédit sur liste blanche (KYC + restrictions contractuelles)
- Modèles de pool délégué (Pool Delegate)
- Application légale off-chain + structures d’exécution on-chain
Ces mécanismes sont imparfaits, mais ils marquent la transition du prêt DeFi de la phase produit à la phase de design institutionnel.
3. Le crédit introduit des couches, pas de la « liberté »
Un point souvent ignoré : le crédit ne rend pas la DeFi plus ouverte, mais plus stratifiée.
Le marché du prêt de demain aura vraisemblablement une structure à trois niveaux :
- Couche publique permissionless surcollatéralisée
- Couche professionnelle semi-ouverte, segmentée par le crédit
- Couche institutionnelle hautement personnalisée et strictement conforme
Ce n’est pas un échec de la décentralisation, mais le résultat naturel de la complexité financière.
II. RWA : le canal principal reliant le prêt DeFi au monde réel
1. Pourquoi le prêt est le point d’entrée optimal pour les RWA, et non le trading
Les actifs du monde réel ne sont pas adaptés au trading à haute fréquence, mais ils excellent pour :
- Fournir des flux de trésorerie stables
- Servir d’instruments de dette
- Agir comme collatéral ou base de rendement
L’intersection optimale entre RWA et DeFi se situe donc naturellement dans les structures de prêt, plutôt que sur les plateformes de trading.
2. La valeur des RWA ne réside pas uniquement dans le rendement
Réduire les RWA à un « APY plus élevé ou plus stable » est une erreur fondamentale.
La véritable importance des RWA pour le prêt DeFi réside dans :
- L’introduction de sources de rendement indépendantes des cycles du marché crypto
- La réduction de la dépendance systémique à des actifs uniques comme ETH et BTC
- La construction de structures de capital plus longues et moins volatiles
D’un point de vue systémique, les RWA sont avant tout un outil de découplage du risque.
3. Les RWA introduisent un risque structurel, pas un risque de prix
Contrairement aux actifs crypto, les principaux risques des RWA se concentrent sur :
- L’exécutabilité juridique
- La conservation et la ségrégation des actifs
- La transparence de l’information et la fiabilité de l’audit
Cela oblige les protocoles de prêt DeFi à élargir leur périmètre de la « sécurité du code » à la sécurité institutionnelle et structurelle — l’aspect le plus complexe mais incontournable de l’intégration des RWA.
III. Connectivité off-chain : la DeFi n’est plus un système fermé
1. Les oracles évoluent de « price feed tools » à des « state synchronization layers »
Les systèmes d’oracles de demain iront au-delà de la diffusion de prix pour synchroniser :
- Le statut des actifs
- Le statut de conformité
- Les déclencheurs d’événements clés
Les protocoles de prêt pourront ainsi ajuster dynamiquement leurs paramètres de risque selon les événements du monde réel.
2. Les interfaces de conformité sont des choix modulaires, non des trahisons
Avec la montée de la participation institutionnelle, le prêt DeFi met en place une division claire des rôles :
- La couche contractuelle reste neutre et universelle
- La couche interface gère la conformité et le filtrage d’identité
- Les utilisateurs choisissent leur point d’entrée selon leurs besoins
Cette structure « neutralité du contrat + différenciation du frontend » tend à devenir le modèle de long terme.
IV. La véritable compétition ne porte pas sur le rendement
Quand les protocoles peuvent être forkés et les modèles de taux d’intérêt copiés, la compétition dans le prêt DeFi se déplace vers :
- La transparence de l’exposition au risque
- La capacité à fonctionner en continu lors de conditions de marché extrêmes
- La prise en charge de structures financières plus complexes
C’est une question de capacité d’ingénierie système, pas seulement de fonctionnalités produit.
V. L’aboutissement : le prêt DeFi n’est pas une banque — c’est un système d’exploitation financier
En définitive, le prêt DeFi s’apparente à :
- Une couche d’exécution des règles financières
- Un système ouvert de tarification du risque
- Un module fondamental intégrable à d’autres applications
Il ne remplace pas les banques ; il propose un mode de fonctionnement radicalement nouveau pour les systèmes financiers.